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Rencontre avec Lily Rault, une artiste engagée

Lily Rault est une photographe et réalisatrice féministe et engagée. Nous avons eu le plaisir d’échanger avec elle concernant son exposition TABOU.E ainsi que son premier court-métrage « SSD LA NUIT ».

Lily a un parcours atypique. En effet, elle est d’abord psychologue et a fait un master en sciences politiques. Après avoir travaillé 3 ans dans l’événementiel et le digital elle décide de tout quitter pour faire le tour du monde. C’est à travers ses voyages qu’elle apprend la réalisation ainsi que la photographie.

Un travail artistique pour briser le tabou autour du sexe féminin.

En 2019 Lily réalise une série de photographies de vulves pour parler des thématiques taboues autour de la santé des femmes et des minorités : TABOU.E. Son art connait un véritable succès. Lily décide donc d’aller plus loin dans son projet mais ses plans tombent vite à l’eau suite à la crise sanitaire. C’est là que lui vient l’idée de faire une exposition virtuelle TABOU.E 2.0 ! (petit conseil, allez vite y faire un tour)

https://www.lilyrault.com/taboue2020-1

SSD LA NUIT, son premier court-métrage

« SSD, La Nuit » est un court-métrage d’une minute, tourné à l’iPhone, que Lily a écrit et réalisé à l’occasion du Mobile Film Festival – Women’s Empowerment.

C’est à la fois douloureux et jouissif de faire naitre un projet comme celui-ci, on a envie d’y aller, on cherche à se donner de la force et en même temps on freine des quatre fers ; notamment car c’est mon premier court- métrage et que cela représente un symbole fort. On ne veut pas se planter et pourtant, forcément, on fait des erreurs. Mais c’est là que l’on apprend le plus

Lily à propos de la réalisation de SSD LA NUIT

Lily, pourrais-tu m’en dire davantage sur SSD LA nuit? Pourquoi as-tu décidé de dépeindre une agression sexuelle?

J’ai choisi pour sujet les agressions sexuelles, comme de très nombreuses personnes qui ont candidaté, j’imagine. J’ai également choisi de placer la scène dans un bar, je connais bien le milieu de la nuit et la zone grise qu’elle peut constituer parfois. L’impunité qu’elle suscite, souvent accentuée et justifiée par l’alcool ou la drogue. C’est d’ailleurs ce que j’ai souhaité faire ressentir en filmant de façon décadrée, à la main, « sous ivresse ».

Malgré le sujet choisi, je désirais mettre en scène une femme victorieuse, forte, qui renverse la situation, qui « s’empower ». Je voulais que l’on puisse y croire, la rendre réelle, tangible, exemplaire au sens premier du terme. Créer un contexte possible, crédible, dans lequel chacun.e d’entre nous peut se projeter. C’est notamment pour cela que je suis allée vers du docufiction. Que j’ai choisi de tourner en caméra subjective, en étant moi-même à la fois cadreuse et actrice pour créer la confusion, et en optant au montage pour un format type « story instagram ». Le film est tourné de façon à ce que l’on pense à un plan séquence, monté à l’aide de faux raccords, très inspiré des films de Gaspar Noé. L’impression que l’on ne quitte jamais l’héroïne avec le faux plan séquence, les transitions, les flashbacks brouillés, le sound design lourd, la lumière néon et le choix du lieu de la scène d’agression génèrent volontairement un climat sombre, oppressant et angoissant, qui rappellent les codes du thriller psychologique. Permettant ainsi de faire monter crescendo la tension jusqu’à la scène de fin.

Comment se sont passé.e.s la réalisation du scénario et le tournage?

Lorsque l’on m’a parlé du festival, le concours prenait fin un mois après. Cela me semblait trop court pour pouvoir faire quoique ce soit de qualité, et quelque part, de façon inconsciente, la peur de me lancer m’a rapidement fait laisser tomber l’idée. Une nuit, le scénario m’est venu, sans même y penser. Je l’ai écrit sur le moment, et lorsque je l’ai relu le lendemain, j’ai de nouveau abandonné l’idée, le trouvant vraiment mauvais. Une semaine plus tard, j’évoque ce scénario et le festival lors d’une soirée. Dans l’effervescence du moment, je jette à l’assemblée que je réalise ce court-métrage si le bar dans lequel je travaille sur le côté, doit à nouveau fermer à cause de la crise sanitaire. Dans la soirée, on apprend que les bars ferment dans la semaine qui vient.

Tout a alors été extrêmement rapide, j’ai pris ma décision deux semaines avant la deadline du festival, et l’on a tourné quelques jours avant, me donnant juste le temps de monter le film et de m’inscrire.
L’équipe était très réduite car nous étions en pleine période de covid. J’ai donc à la fois assuré le rôle de réalisatrice, de chef opérateur et d’actrice principale. Ce qui n’a pas été un exercice évident, car cela demande d’adopter en même temps des comportements quasiment opposés, diriger un « plateau » demande de l’assurance et jouer un rôle nécessite d’être à fleur de peau. C’était très challengeant, mais vraiment intéressant. Et il faut dire que Florian Boulay, l’acteur qui joue avec moi dans ce court-métrage, est un très bon comédien et a été très à l’écoute sur le tournage. Par ailleurs, l’urgence de la situation a fait que l’iPhone qui m’a servi à tourner le film, m’a été prêté par une personne qui lance « KUNU », une marque de lingerie féministe qui reversera une partie de ses revenues aux victimes d’agressions sexuelles et qui est engagée avec l’association « la Maison des Femmes de Montreuil ». Elle lance d’ailleurs sa marque début 2021, pour lui donner de la force c’est : @kunu_underwear sur instagram. J’ai trouvé la croisée des chemins merveilleuse de sens.

Découvrez SSD LA NUIT sur l’Instagram de Lily @Lilyrault_ et notre interview en images

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