Guang Huo, lumière sur une Révélation des César 2021

INTERVIEW. Guang Huo est un jeune acteur, il interprète un jeune immigré passionné d’électro et chauffeur de VTC soumis à la mafia chinoise depuis son arrivée en France dans “La Nuit Venue”, un premier film réalisé par Frédéric Farrucci, pour lequel il est nommé aux César dans la catégorie Meilleur Espoir Masculin.

Nous nous sommes entretenues avec Guang Huo par téléphone, une heure de conversation dès des douces durant laquelle il nous a raconté un peu de lui, de sa Chine natale, de son travail à Paris, de ses études aux plateaux de cinéma. Il évoque aussi comment il garde l’équilibre entre son travail en télécom et sa carrière d’artiste. Il joue comme il est. Il le répète d’ailleurs, “Je ne joue pas, je suis le personnage.”

Les pieds sur terre

RTC : Enfant, rêvais-tu de devenir acteur ?

Guang Huo : Non, je ne savais pas trop quoi faire. Je n’avais pas de rêve de cinéma. Je suis né à Jinan près de Pékin, mes parents me disaient simplement de bien travailler à l’école. J’ai terminé le lycée en Chine et je suis venu en France pour mes études. J’étudiais à Paris 6 en Télécommunication. Après mes études j’ai commencé à travailler dans une société de télécommunication, en parallèle de quoi je tournais dans des publicités. Ce sont mes premières expériences devant une caméra. C’était assez drôle à faire, je travaillais essentiellement pour des marques. 

RTC : Comment le cinéma est arrivé dans ta vie ?

GH : Ma première expérience de cinéma est sur le film “100 kilos d’étoiles” (ndlr. un film réalisé par Marie-Sophie Chambon avec Laure Duchêne et Angèle Metzger). Je préparais “La Nuit Venue” qui est produit par la même société de production (ndlr. Koro Films), on m’a alors proposé un rôle. Le cinéma c’est assez marrant, je trouve qu’il n’y a pas de grande différence entre le cinéma et les pubs, j’aime surtout l’expérience.

Le cinéma vint alors à lui

RTC : Comment as-tu été casté pour le film “La Nuit Venue” ?

GH : Un ami m’a envoyé l’annonce pour le casting. Le feeling a été bon avec le réalisateur (ndlr. Frédéric Farrucci) comme avec les productrices (ndlr. Céline Chapdaniel et Diane Jassem). À plusieurs reprises pendant 1 an nous nous sommes rencontrés. Le réalisateur m’a fait attendre.

RTC : Comment as-tu préparé le rôle ? 

GH : Au niveau de la langue la production m’a trouvé une coach. Elle s’appelle Delphine Zingg, c’est une actrice française. Pendant 3 mois elle m’a aidé à préparer le rôle, on a travaillé les langues et on a fait de l’actorat pur. Elle m’a appris plein de choses au sujet du cinéma. Elle m’a aidé à travailler le texte, l’articulation, la langue française aussi. On a travaillé sur les émotions. Le film est beaucoup en lieu clos, dans un huit clos c’est l’émotion le plus important.

RTC : Et les cascades ?

GH : Il n’y a pas eu de travail particulier sur les cascades. Il y avait un spécialiste sur le plateau, un stuntman qui m’a doublé, notamment pour la scène de l’accident.

RTC : Ce film est ton premier rôle principal mais également le premier film du réalisateur, avez-vous appris l’un de l’autre ?

GH : C’est mon premier premier rôle, le réalisateur a pris du temps avant de me dire oui car comme il m’a dit “Ce film c’est mon fils”. Fred a mis 7 ans à le réaliser, entre le premier mot écrit et le tournage. Comme je suis le rôle principal il a mis du temps à se décider, c’est normal. Il a pris du temps pour mieux me connaitre.

Guang Huo durant le tournage du clip des révélations
(Copyrights Yolande Zauberman)

Être acteur

RTC : Te sens-tu acteur ?

GH : Un peu. 

RTC : C’est quoi un acteur ?

GH : C’est être un artiste. C’est quelqu’un qui créé quelque chose, qui créé une chose unique. Être acteur ce n’est pas un travail. Je suis un artiste, pas un acteur.

RTC : Si cela se présente, accepterais-tu tous les rôles qu’on te propose ?

GH : Je ne peux pas accepter tous les rôles, cela dépendra. Je me poserais la question : “Ai-je assez d’émotion en moi pour incarner le personnage ?” par respect pour le réalisateur et par respect pour l’oeuvre.

Émerveillement de voir l’absolue pudeur et le respect que Guang Huo a, aussi, de ne pas accepter un film si il ne se sent pas capable de donner assez d’émotion au personnage qu’il interprète.

RTC : Comment était-ce de tourner avec Camélia Jordana ?

GH : On a beaucoup travaillé avec Camélia et le réalisateur avant le tournage. On a fait beaucoup de scènes ensemble. Moi, je suis très timide, alors je parlais peu. C’est Camélia et Fred qui discutaient la plupart du temps. Moi, j’écoutais.

“La préparation du film a duré 2 ans en tout, alors, pour moi, le tournage c’était une fête.”

Guang Huo, par téléphone

Révélations aux César 2021

RTC : Comment as-tu appris que tu faisais partie des Révélations 2021 des César ?

GH : Mes productrices et mon agent m’ont appelé. Je n’y croyais pas du tout. J’étais très ému. J’ai rencontré par la suite les autres révélations, c’était magnifique, notamment pendant le tournage du clip des Révélations réalisé par Yolande Zauberman cette année (ndlr. réalisatrice et scénariste, notamment du film documentaire “M” récompensé du Meilleur Film Documentaire aux César 2020). On a dansé ensemble, c’était magique.

“Rien que d’être nommé, je suis super content.”

Guang Huo, par téléphone

RTC : Y-a-t-il eu un moment marquant lors du tournage du film ?

GH : Le premier jour de tournage était particulièrement stressant. C’était une scène tournée sur lors d’un concert de Rone à Luxembourg. On avait qu’une seule chance. C’est one shot comme c’est du live, alors tout le monde à la pression. C’est la première scène que je tourne et c’est la scène où je dois embrasser Camélia. Les spectateurs ne sont pas des figurants, il y a beaucoup de risques mais la scène est réussie. J’étais stressé aussi par le baiser, mais dès que ça a commencé j’étais dedans. Je me déconnecte complément. Quand je joue j’oublie tout le reste. Du 1er jour au dernier jour j’ai adoré tourner, c’est une aventure !

Quand je joue, j’oublie tout le reste.

Guang Huo, par téléphone

RTC : Qu’as-tu de prévu à l’avenir ?

GH : J’ai passé des castings, je n’ai pas encore le résultat, j’attend le résultat de 2 castings prometteurs, si ça passe je toune mais en attendant j’ai la sécurité de mon travail.

RTC : Qu’est-ce qui est le plus important pour toi dans tout cela ?

GH : Ma famille, ma maman est venue me voir sur le tournage du film “La Nuit Venue”, je lui ai envoyé le film en DVD, elle n’a pas pu lire le DVD, je crois que ça ne fonctionne pas là-bas, mais elle était très fière de moi. Mais aussi, de garder ma liberté de choisir de faire ou de refuser un film. C’est important.

Guang Huo

Guang Huo a été également nommé parmi les Révélations Masculines de l’année aux Lumières de la presse étrangère 2021.

 “La Nuit Venue” de Frédéric Farrucci met-en-scène Guang Huo, Camélia Jordana, Xun Liang. Le film est écrit par 3 co-scénaristes Benjamin Charbit (“Bac Nord” de Cédric Jimenez, “Les Sauvages” de Sabri Louatah et Rebecca Zlotowski, “Notre Dame” de Valérie Donzelli), Nicolas Journet (“Versus” de François Valla) et son réalisateur Frédéric Farrucci. Il est produit par Koro Films, distribué en France par Jour2fête, exporté et distribué à l’international par WTFilm.

Synopsis : Paris 2018. Jin, jeune immigré sans papiers, est un chauffeur de VTC soumis à la mafia chinoise depuis son arrivée en France, il y a cinq ans. Cet ancien DJ, passionné d’électro, est sur le point de solder “sa dette” en multipliant les heures de conduite. Une nuit, au sortir d’une boîte, une troublante jeune femme, Naomi, monte à bord de sa berline. Intriguée par Jin et entêtée par sa musique, elle lui propose d’être son chauffeur attitré pour ses virées nocturnes. Au fil de leurs courses dans la ville interlope, une histoire naît entre ces deux noctambules solitaires et pousse Jin à enfreindre les règles du milieu.

Guang signifie Lumière en chinois. Certainement pas un hasard.

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